Apple, Google et les autres: l'ère du brevet
- Écrit par JC
Le rachat de Motorola Mobility par Google transforme notre été blogosphérique en grande fête à la news (si tu parles cuisine, vachement moins forcément). Si les marchés semblent trouver la stratégie de Google plutôt floue (ils doivent parler cuisine), nous, on est plein d'espoirs parce qu'avec 17 000 brevets, y'a moyen de bien rigoler !

La guerre des brevets
Il y a quelques temps, Apple a décidé de modifier sa stratégie commerciale pour en faire une guerre de brevets. Ben oui ! C'est beaucoup plus intéressant de toucher des royalties sur un produit concurrent ou encore de l'éliminer purement et simplement du marché plutôt qu'avoir un budget publicitaire qui oblige à séduire le manant pas toujours réceptif à la RÉVOLUTION !
Avant Android, c'était pourtant la principale voie choisie par la Pomme. Après Android et son évolution sur le marché, c'est autre chose. C'est même devenu tellement autre chose que les constructeurs doivent à la fois se battre contre Apple mais garder un œil sur Microsoft qui procède de la même manière (mais Microsoft étant un grand négociateur, ça fait moins de bruit).
Tous les constructeurs affiliés au système d'exploitation de Google y passent. Que ce soit Samsung (qui s'est retrouvé interdit en Australie et en Allemagne avec sa Galaxy 10.1), HTC, Motorola ou encore LG, personne n'est à l'abri.
Les tirs croisés fusent de partout. Apple Attaque HTC, HTC attaque Apple, Google achète Motorola Mobility et compte ses brevets, la guerre est clairement ouverte. Sortez le popcorn !
Bien entendu, Les constructeurs Android sont contents de cet achat et pour cause ! Ils sont comme nous; plein d'espoir! (et ils sûrement aussi envie de mettre une branlée à Apple mais ça, c'est une autre histoire)

17 000 brevets et après ?
Si on sait que Google ne vendra probablement pas ses brevets et ne les laissera jamais partir sous une licence libre, de peur que Apple puisse s'en servir, on peut toutefois imaginer qu'ils vont profiter à Android d'un moyen ou d'un autre. Ils serviront sûrement également à bien gâcher le sourire carnassier de la concurrence.
On peut penser, sans trop se tromper, que jamais Google ne poursuivra un constructeur Android en utilisant ces brevets (consciemment ou non). On peut même rêver à une forme d'uniformisation des périphériques tournant sous Android, évitant ainsi un bordel sans nom pour les développeurs tentant de jouer la carte de compatibilité entre les téléphones.
Car oui, le point faible d'Android, outre la division des branches 2.3 et 3.0 (qui sera réunifiée en octobre, à la sortie de Ice Cream, Android 4.0), le nombre de périphériques différents pose un problème de taille. Développer un jeu et le rendre compatible sur un maximum de périphérique est un vrai casse-tête, tout comme sur PC. [si tu n'as pas compris ce paragraphe, c'est pas bien grave mais sache que l'avenir sera rose et bleu, rempli de bonbons et que nos téléphones Android seront encore plus chocs et plus chics]
Si jamais Google tente d'uniformiser, ne serait-ce que partiellement, le marché des smartphones Android, Apple aurait de quoi pleurer.
Les consommateurs : un dommage collatéral
Ce que fait Apple, et à moindre mesure Microsoft, joue en défaveur du consommateur. Une guerre des brevets gagnée signifie une lourde sanction pour le perdant, voire des royalties ad vitam eterman sur l'appareil en cause (s'il n'est pas interdit à la vente).
Si l'on regarde tout ça d'un air plus ou moins distant, notre portefeuille, lui, va servir à payer la note... Hé ouais, entre les frais judiciaires exorbitants, les éventuelles défaites et royalties potentiels, le tarif d'Android risque de changer et son coût de déploiement perdra en compétitivité.
Si demain, quelques dollars partent dans les poches de la concurrence (et cela a déjà commencé), c'est notre prix à la caisse qui accusera le coup (et le coût, oui c'est pourri mais je suis content).
Et les gagnants sont...
Microsoft a déjà signé des accords avec HTC afin de toucher des royalties sur chaque téléphone vendu afin d'éviter une guerre des brevets. Ainsi, ils peuvent bien s'en foutre de faire de l'OS mobile (du mauvais en plus) car vu leurs ventes, un téléphone Android doit être plus rentable à moyen terme.
Apple a l'air de vouloir aller beaucoup plus loin et semble vouloir s'emparer du marché Android en cassant sa compétitivité, quitte à foudroyer le portefeuille du consommateur final, qui alors se retournerait vers ses produits (sérieux, plutôt mourir ou prendre un vieux Nokia).
Dans une guerre des brevets, le seul gagnant est celui portant plainte (en cas de victoire) et les avocats des deux parties qui pourront se nourrir de caviar dans de belles piscines de billets. Nous, on prendra, au pire un 5 à 10% à la caisse (en se basant sur ce que réclame en général Microsoft soit 8 à 15$ par mobile) et un peu de CnH2n+2 pour faire passer le tout (de la vaseline quoi).

Et donc ?
Apple n'est pas spécialement un gros méchant, tout comme Microsoft. Ce sont plutôt des opportunistes en fait. Ils profitent d'un système défaillant et de la pire connerie juridique inventée : le brevet ! Qu'il soit matériel ou logiciel (eux ne devraient même pas exister), il est facile de déposer tout et n'importe quoi et il est humainement impossible de contrôler systématiquement que l'on enfreint un brevet.
Il est finalement plutôt rares que les parties en défense soient de gros pirates industriels. En général, ils ont surtout raté le brevet mis sur le tapis par les demandeurs.
Pourtant les brevets partaient d'une bonne intention (l'enfer en est pavé) et devait protéger les secrets industriels, éviter le piratage industriel, stimuler la recherche et le développement, etc. Ça c'était avant, quand des utopistes se sont réunis autour d'une table avec une "putain-de-bonne-idée-qui-va-révolutionner-l-industrie-in-da-world".
Décidément, on était déjà très con lorsque, dans l'antiquité, les grecs ont développé un embryon de propriété intellectuelle (ils foirent trop de trucs eux, je vais finir par croire qu'ils le font exprès) et on l'a été encore plus, lorsqu'en 1421, le premier brevet traçable fut délivré...
On ne savait pas où ça allait terminer mais perso, je pense que l'abolition du système en lui-même (ou au moins une réforme de fond) serait un bon début pour une nouvelle ère, plus saine et pleine de bisounours.
