CRTC: L'utilisateur payeur, un concept dépassé

Je le dis souvent, le Canada c'est super. Il s'y passe des trucs extraordinaires régulièrement. D'un côté, nous avons pu assister à un refus des DPI de la part du gouvernement fédéral en matière de droits d'auteur pendant, qu'au même moment, le CRTC (Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes) tentait de tuer l'économie numérique tant bien que mal, assisté de Bell, Roger ou encore Telus.


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Petit résumé: l'utilisateur-payeur, l'imposition du quota

Il y a quelques semaines, le CRTC a rendu une décision défiant absolument toute forme de logique. Celle-ci visait à encader les coûts liés aux abonnements ADSL des grands fournisseurs dont notamment Bell. Ainsi, au-delà de 60Go téléchargé, 2$ vous seraient facturé par Go supplémentaire jusqu'à 300Go (après vous êtes ruinés de toute manière).

On notera qu'un Go de données coûte réellement 3 cents (descendant jusqu'à 1 cent) et qu'il vous serait revendu 66,6 fois plus cher (on notera l'allusion au 666 au passage...) voire 200 fois plus cher...

Premier problème, pour schématiser, les petit fournisseurs louant les lignes de grandes compagnies comme Bell ne pourraient plus être compétitives puisque les abonnements illimités deviendraient impossible à mettre en œuvre s'ils louent la bande passante chez Bell et consors (et ils le font pour la plupart).

Second problème, certains fournisseurs, n'utilisant pas les infrastructures visées créeraient une concurrence inattaquable, tuant à coup sûr les entreprises dépendantes des grands réseaux.

 

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Troisième, et non le moindre, le consommateur devrait drastiquement diminué sa consommation mais comme le dit le CRTC, ce sont les pirates qui consomment notre sacrosainte bande passante et ils ne sont qu'une poignée !

Heureusement pour nous et après une grogne populaire généralisée (le pirate a des amis messieurs dames !), le gouvernement fédéral s'en est mêlé en promettant pratiquement de casser la décision du CRTC si celui-ci ne revoyait pas sa position, chose qu'apparemment il compte faire mais en gardant en tête cette incroyable idée d'utilisateur-payeur-pirate.

Pourtant, il suffit d'avoir un minimum de bon sens pour savoir que le principe du quota est une aberration en soi.

Vers une économie de consommation de Go

À l'heure où l'offre légale peine à démarrer, on voit quelques services qui émergent tranquillement. L'Europe peut se féliciter, par exemple, du succès de Deezer. Le Canada est encore en train de tâtonner dans le domaine mais l'on voit le service américain Netflix sortir du lot.

Celui-ci permet un visionnement illimité en streaming d'émissions TV et de films pour une somme de 7.99$/mois. C'est la première offre légale pouvant concurrencer le piratage. Si le service offre uniquement la langue anglaise, on peut espérer voir Neflix s'ouvrir au français prochainement.

À cela se rajoute les mutations liées au jeu vidéo à travers des plate-formes comme Steam ou même le XBL et le PSN qui offrent d'excellents produits en téléchargement.

En contrepartie, il faut savoir que les grands fournisseurs concernés sont également des fournisseurs de multimédia et surtout de vidéo via de nombreuses chaînes TV dédiées qui peinent à concurrencer l'offre légale venue des USA.

 

Netflix

 

Un business model vieillissant

L'on en vient à se demander si, finalement, le CRTC ne veut pas tenter de protéger le business model vieillissant des bouquets HD au détriment de la concurrence américaine de plus en plus agressive dans le milieu.

L'argument du piratage ne tient pas vraiment la route. On sait très bien que les gros joueurs Steam (qui sont de plus en plus nombreux), consomment plusieurs dizaines de Go mensuellement rien qu'en profitant des promotions, que les utilisateurs de Netflix utilisent non seulement la Télévision mais également leurs ordinateurs pour streamer du contenu, que l'Appstore et ITunes proposent un contenu multimédia de plus en plus important, etc.

De plus, le throttling exercé par Bell sur le protocole P2P est tel que nombreux sont encore les gens qui ne savent pas contourner ce type de filtrage (même si l'information de manque pas...). On ne pourra donc pas trop jeter la pierre sur bittorent ou emule.

 

Steam


Quant à prouver que le téléchargement direct est légion au Canada, bonne chance... Surtout dans un pays où la riposte graduée a été ignorée et où les gens ne verront pas nécessairement le besoin de migrer vers d'autres protocoles et méthodes de téléchargement.

La démocratisation de la consommation de bande passante est une réalité numérique. Le seul moyen qu'à le Canada d'évoluer, c'est de moderniser ses structures obsolètes et d'accroître la bande passante des usagers.

Nous avons notre mot à dire

Un éclair de raison a touché le CRTC qui propose une consultation publique sur le sujet.

Sur ce coup, c'est à nous de proposer des commentaires constructifs, documents à l'appui au besoin (il y a différentes études sur les usages disponibles pour différents pays en fouillant bien) afin de tenter de faire comprendre au CRTC qu'il fait clairement fausse route et qu'avec sa volonté d'imposer une politique d'utilisateur-payeur, il condamne non seulement l'innovation mais il placera aussi le Canada au rang du tiers-monde du web occidental... On en est déjà pas si loin...

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