La culture du téléchargement n'est pas un mythe... Les jeunes des années 90 ont commencé tout naturellement par télécharger tout ce que passait grâce à worldonline, oreka et autres FAI 56k... Ils n'étaient pas encore très nombreux, mais leur nombre a rapidement augmenté. Les "apprentis-vieux" de l'époque (45+) n'y ont vu que du feu pour la plupart et ont raté le train du progrès... Le temps a passé, le téléchargement et l'anonymat sont devenus naturels pour toute une génération...

L'explosion du téléchargement illégal est arrivée avec l'Adsl et la démocratisation du P2P. Toutefois, nombreux étaient déjà ceux qui téléchargeaient avec de bons vieux 56k des nuits entières des vidéos d'une qualité douteuse. Les premiers abonnés ADSL/câble n'étaient pas les derniers leecheurs, loin de là.
Les newsgroups étaient des plates-formes d'échange entre internautes et les premiers trackers publics et premières boards avaient la même optique. Tant que personne ne se faisait d'argent, personne n'était vraiment choqué par le téléchargement de films ou de musique. Pour un jeune de 15 ans, rien de plus naturel que d'aller fouiller sur le net pour trouver ce qu'il recherche. C'est un réflexe.
La notion de délit ou de vol était absente... Personne ne traitait les gens qui téléchargeaient de voleurs, personne ne les mettait vraiment en garde. On s'étonne que 15 à 20 ans plus tard les proportions prises par ces comportements soient devenus légion. Moi-même ai énormément de mal à voir un voleur dans un individu qui se regarde un divx.
Le téléchargement illégal est ancré tellement fortement dans les mentalités des 15-35 ans qu'aujourd'hui, les "services d'anonymisation" fleurissent partout. Le "besoin" de pouvoir télécharger est tel que beaucoup sont prêts à débourser quelques euros ou quelques dollars pour s'assurer de leur petit confort. Ce n'est plus télécharger le vrai nerf de la guerre, c'est pouvoir le faire et la nuance est énorme puisque c'est le refus complet de privation d'un droit que l'on considère acquis.

Parallèlement à ces habitudes, la majorité d'entre nous ne s'oppose absolument pas à la rémunération des auteurs, bien au contraire ! Des solutions ont été proposées et développées, mais toujours refusées par des lobbies qui refusent de voir l'évolution et les proportions prises par le téléchargement.
Pourtant, ils devront se rendre à l'évidence que ce n'est pas en épiant les faits et gestes des internautes et en partant de la base que tout le monde est coupable qu'ils feront revenir les téléchargeurs dans le droit chemin... La culture pour tous et le partage ont tellement pris d'avance que je ne comprends pas qu'ils puissent dépenser autant d'argent alors que ces sommes auraient pu être utilisées pour une adaptation aux changements des marchés eux-mêmes.
Le cinéma et la musique se sont transformés en service et ne sont plus des produits... La génération visée par ces lois conçoit la culture comme un dû et non comme un privilège... Comment espérer faire changer des gens qui n'ont connu que ce mode de pensée et qui, de toute manière, ne comptent absolument pas en changer ?
À contrario, quand je regarde les habitudes de consommation d'un cinquantenaire, je comprends qu'il y ait une rupture. Là où le jeune va chercher ce qu'il cherche sur le net, notre cinquantenaire va faire un tour à la Fnac parce que c'est toujours dans ce genre d'endroit que l'on achète de la culture et c'est toujours comme ça qu'il a procédé.
S'il ne trouve pas ce qu'il veut, il va le commander. S'il n'a pas les moyens, il économisera... Le jeune, lui, n'a de toute manière pas les moyens et cherchera des heures durant sur la toile l'objet de sa convoitise... Ce sont 2 habitudes de consommation contradictoires.
Plus simple, là où le jeune cherchera la signification d'un mot via Google ou un dictionnaire en ligne, notre senior ouvrira encore instinctivement un dictionnaire. Internet fait partie intégrante d'une population croissante et reste une énigme effrayante pour une population vieillissante...
Blogs, boards, trackers, forums ont forgé la culture web d'aujourd'hui. On y trouve le communautarisme, l'entraide et le partage. Certes, comme dans toute société, il existe des abus. Je me souviens avoir eu une conversation avec une personne du 3e âge qui pensait qu'internet était conçu par et pour les pédophiles, les voleurs et les escrocs. Après tout, si TF1 le dit...
La chose la plus importante est surtout de comprendre qu'aujourd'hui, Internet a son propre écosystème et forme une société dépourvue de frontières avec des valeurs qui lui sont propres et partiellement incompatibles avec les visions gouvernementales (il suffit de regarder le grand firewall chinois s'effriter un peu plus chaque jour).
Là où les seniors ont toujours vécus dans des espaces balisés, contrôlés et clairs, internet a créé un cocon de liberté, bouleversant les fondamentaux. Certains s'y sont adaptés, mais la majorité a raté le train. Chez les jeunes, c'est le phénomène inverse. Ils s'y sont adaptés, mais quelques-uns ont trouvé le moyen de passer à côté.
Les gouvernements actuels n'ont pas intégré les nouvelles normes absorbées par une génération (c'est un peu l'histoire du monde...). Les modèles économiques souffrent des mêmes lacunes. Comme je le dis souvent, il faudra pourtant qu'ils finissent par s'adapter, car je ne crois pas que ma génération acceptera de se laisser marcher dessus en perdant ce que je considère comme un droit acquis: celui d'un accès illimité et facile à la culture, surtout que les solutions ne manquent pas.
Ce qui va être difficile, c'est de combler le gouffre générationnel qui s'est creusé et continue de grandir. Il y a aussi une chose aussi que je ne comprends pas chez la minorité de jeunes pro-hadopi que j'ai pu rencontrer; comment peuvent-ils penser que ce type de loi sert la communauté ? Qui a réussi à leur coller ça dans le crâne ? Comment font-il pour nier des solutions telles que le mécénat global ou la licence globale ? Ça m'échappe complètement... J'ai l'impression que nous ne sommes même pas dans la même dimension.