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Interview: O-taku Manga Lounge, un Manga café à Montréal

  • Écrit par JC

Si en France, un Manga Café ça se trouve assez facilement et un peu partout, à Montréal (ou au Québec tout court) c'est une toute autre histoire. Il y a quelques mois, l'O-Taku Manga Lounge est né de la passion d'un couple un peu Geek, un peu otaku et en prime vachement motivé ! Alors venez découvrir Alex, le propriétaire du lounge Manga Montréalais.

 

 

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Avant de commencer, peux-tu te présenter aux lecteurs de PnG ?

Avec plaisir! Je m'appelle Alex, propriétaire de l'O-TAKU Manga Lounge. Geek trentenaire, mangavore, fan d'animes mal doublés des années 80, de séries AB, auteur et dessinateur à mes moments perdus.

O-Taku Manga Lounge, c'est quoi ?

L'O-TAKU Manga Lounge est un café dont la principale vocation est d'accueillir dans une ambiance cozy toutes celles et ceux qui s'intéressent de près ou de loin à la culture japonaise.

L'idée première est de faire en sorte que des personnes ayant comme point commun un intérêt pour le Japon en général (mangas, jeux vidéo, animes et cinema en particulier) puissent avoir un "lieu à elles" pour partager cette passion, passer un bon moment, s'amuser ou se relaxer selon l'envie.

Le lounge propose différents espaces qui s'articulent les uns aux autres tout en proposant des ambiances et activités variées (partie café, espace de lecture, salon jeux video, salle de classe, et cinéma). Chacun peut donc profiter de ce qu'offre le lounge suivant l'humeur du moment.

La partie café vous permet de déguster chocolats chauds, cafés, milkshakes, smoothies et autres jus, tout en profitant d'un accès internet sans fil. L'O-TAKU Manga Lounge offre une large selection de mangas allant d'anciennes séries qui ne sont plus éditées à des séries en cours de parution. Des tournois de jeux vidéo sont aussi régulièrement organisés tant sur des jeux de baston (type Naruto,Soul Calibur, Tekken etc...) que sur des mini jeux comme Tetris, Bomberman ou Castle Crashers.

 

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Nous profitons aussi des vendredis et samedis soirs pour proposer un contenu cinéma avec la diffusion d'un film en première partie et des premiers épisodes d'un anime récent en deuxième partie de soirée.

Enfin, soucieux de faire découvrir la culture Japonaise au sens large, des ateliers sur différents aspects de cette culture sont régulièrement proposés, de même que des cours de japonais (avec un professeur agréé) et de dessin style manga.

Bref, comme vous pouvez le voir, à travers moult activités nous faisons en sorte de couvrir les différents sens du mot « OTAKU » avec un savant dosage de fun, de culture et de geekerie !

D'où t'es venue l'idée d'un tel projet ?

Eh bien, ma femme et moi étant deux enfants de la génération « Club Do », les mangas que nous appelions communément « dessins animés » ont fait notre jeunesse. Cette culture et cet univers nous ont bercé toute notre vie, et notre envie de bâtir un tel projet a été à la mesure du manque d'endroits dédiés à la J-culture à Montréal, et au Québec. Alors oui, effectivement, les conventions existent, mais elles sont rares et force est de constater qu'entre deux conventions annuelles, il ne se passe pas grand-chose pour les otakus, au grand dam de ces derniers.

Du coup, se révèle un décalage grandissant entre l'expansion du phénomène manga et le peu de structures pour suivre, relayer ou alimenter cet appel d'air. Nous avons pu constater, avec Communauté Manga Québec que beaucoup d'éléments qui ont généré le boom du Manga en France, que nous connaissons, sont présents au Québec.

Cela a demandé beaucoup de travail, d'initiatives et de bonnes volontés pour que le feu prenne dans l'Hexagone à l'époque. Aujourd'hui, c'est ce que nous tentons de faire à Montréal avec un contexte plus favorable que jamais dans un territoire, ne l'oublions pas, Nord-Américain.

 

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Qu'est-ce que "Communauté Manga Québec", avec qui finalement, tu partages le même logo ?

Communauté Manga Québec est à proprement parler l'embryon de ce qu'est aujourd'hui l'O-TAKU Manga Lounge. CMQ a été en quelque sorte l'outil qui nous a permis de mesurer et d'apprécier l'état de la communauté otaku de Montréal tant au niveau du nombre qu'au niveau de leur implication.

L'idée étant d'organiser des petits évènements en plein air, gratuits dans le courant de l'été 2010. Avec ces pique-niques connus sous le nom de « Big Bento » nous avons pu connaître directement ceux qui aujourd'hui sont certes des habitués de l'O-TAKU Manga Lounge, mais aussi des amis.

Trois Big Bento ont été organisés l'été dernier, avec à chaque fois, beaucoup plus de monde, ce qui était on ne peut plus encourageant ! On mangeait tous ensemble, et les cosplayers participaient à un concours pour gagner des cartes cadeaux de grandes enseignes réputées pour leur collection de mangas.

Aujourd'hui CMQ continue d'exister en organisant des activités d'été et cela, sans but lucratif. Même si les deux organes restent très liés de part leur origine commune et leur étroite collaboration, ils fonctionnent indépendamment et participent tels les deux côté d'une même pièce, à la diffusion du phénomène manga décrit plus haut.

Comment organises-tu les soirées de l'O-Taku Manga Loundge, qu'est-ce qui oriente tes choix ?

Nos soirées qui se tiennent les vendredis et samedis soirs sont comme une marque de fabrique de l'O-TAKU Manga Lounge. Nous avons de la place et nous nous en servons (hahaha !), mais leur succès ne serait pas le même sans la pertinence de la programmation dont le mérite ne me revient pas totalement.

Le programme se dessine en gros un mois à l'avance, et suivant les tendances du marché imprimé, des animes qui arrivent sur la toile et des envies de nos clients, nous parvenons à établir un organigramme plus détaillé.

Les clients peuvent également suggérer directement un thème de soirée via e mail, ou en remplissant un carnet réservé à cet effet à l'accueil. L'actualité a elle aussi, parfois, un lien avec des séries ou films plus ou moins connus. En accordant tout cela on arrive à faire notre choix, mais ce dernier n'est jamais le fruit de notre seule intuition.

 

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Que penses-tu de l'état de l'animation japonaise francophone (sous-titrée bien sûr) au Québec ?

Le marché de l'animation se porte plutôt bien, à mon sens. Même si, encore une fois, il faut être raisonnable dans la quantité de ce qui est proposé en magasin, on ne peut que se réjouir de l'existence d'une assez bonne diversité. Même si on ressent que l'impulsion est peut-être à mettre au crédit de nos voisins américains, la loi 101 essaie de faire ce qu'il faut pour que les francophones ne soient pas en reste.

Le français n'est pourtant pas systématiquement dans les choix de langues de tous les dvd qu'on trouve sur le marché. Donc bon, sans non plus cracher dans la soupe, je pense qu'il y a encore quelques progrès à faire là dedans. Les éditeurs et distributeurs français ne s'impliquent pas des masses non plus, la vostfr étant très facilement accessible sur le net, c'est une position que je peux comprendre, mais que je n'approuve pas spécialement. Un gros « peu mieux faire » .

En tant que français, comment vois-tu la culture manga à Montréal comparée à la France ?

Mmmm, il y a deux aspects à prendre en compte à mon sens. Il y a d'une part toutes les bonnes volontés qui souhaiteraient  que ça se développe beaucoup plus, mais qui « attendent de voir » avant de bouger. Et d'autre part ceux qui résument la culture manga à rue de la Gauchetière (Chinatown).

J'ai rien contre, bien au contraire, mais ces petits manques de discernement révolteraient les fans de mangas en France. Il y a un décalage culturel, qui, évidemment se réduira à mesure que le manga s'implantera d'avantage au Québec. Mais comme me disent souvent amis et clients avec qui j'aborde ce sujet : « on n'a que ça ici !».

Les librairies et les distributeurs ont aussi un rôle important à jouer dans la tarification des mangas qu'ils vendent. A salaire égal et comparé aux québécois, les français ne se ruinent pas en achetant quelques tomes ou une série complète qui leur plaît. J'estime que le coût des mangas est exorbitant, et légions sont ceux qui ne peuvent même pas espérer acquérir l'intégrale des 28 tomes de Tsubasa Chronicles par exemple.

Il suffit de naviguer sur les sites desdites librairies pour s'en apercevoir. En dehors de cela, le phénomène manga s'installe ici et c'est une chose indéniable. Les Cosplayers font un travail hallucinant et redoublent d'efforts et d'originalité pour briller dans les conventions et parmi leurs amis. Et ça c'est tout bon !

 

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D'ailleurs, j'ai pu remarquer que tu semblais en avance sur l'acquisition de pas mal de titres populaires, comment fais-tu ?

Oui tout à fait, nous sommes fiers de pouvoir proposer les toutes dernières nouveautés, fraichement sorties et ce quelques jours seulement après  leur parution française. Ce qui nous donne entre 4 et 6 semaines d'avance sur les délais des distributeurs réguliers québécois. Je ne peux pas trop m'étendre sur la question, mais je puis vous dire que c'est une des raisons pour lesquelles nous ne vendons pas nos mangas.

Nous avons des accords qui nous permettent d'obtenir ces livres suffisamment tôt, dès lors que les délais des distributeurs locaux n'entravent pas leur propre business. Ainsi chaque nouveauté que nous possédons est unique et consultable en avant première au Manga Lounge.

Comment envisages-tu l'avenir ?

Eh bien, j'envisage l'avenir avec beaucoup d'enthousiasme ! L'O-TAKU Manga Lounge est en perpétuelle évolution. Voici maintenant plus de 6 mois que nous sommes ouverts et je pense que le meilleur reste à venir. Nous sommes en ce moment en train de plancher sur un projet qui nous tient beaucoup à coeur et sur lequel je ne peux révéler de détails pour l'heure, mais vous serez informés le moment venu (Sony disait sensiblement la même chose il y a deux semaines au sujet d'un jeu à venir, juste avant le PSNGate hahaha !).

Nous avons déjà travaillé avec le Centre Culturel Japonais à Montréal, à l'occasion d'une grande levée de fonds que nous avons organisé pour le Japon. Cet évènement a ouvert la voie à une collaboration qui devrait être plus étroite à l'avenir sur le plan culturel. Nous devrions avoir d'avantage de tournois mais sur un autre support que les consoles de salon. Là encore, je dirai : stay tuned !

 

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Comptes-tu participer à des événements un jour pour étendre le public de ton établissement ?

Nous étudions actuellement la possibilité de prendre part à des évènements de ce type effectivement. Même si à l'heure actuelle rien n'est décidé pour ce qui est de Otakuthon, Comic-con, ou d'autres encore, nous devrions être présents au prochain salon du Roludothon dédié aux jeux de cartes, jeux de plateau et figurines qui se tiendra les 11 et 12 Juin prochains.

Quelque chose à rajouter ?


Ooooh que oui ! Tout d'abord je tiens à remercier le site PnG que nous sommes très heureux d'avoir comme nouveau partenaire. J'ai pris beaucoup de plaisir à répondre à tes questions ; réfléchir et s'exprimer sur un phénomène naissant n'est pas chose aisée. Un grand merci à celles et ceux ont eu le courage de lire cette interview jusqu'au bout en résistant à mon pouvoir soporifique ! A bientôt !

 

Personnellement, j'étais plutôt sceptique vis-à-vis de ce type de concept dans la province du Québec. Bon, je dois avouer que je me suis juste royalement planté (oui ben ça arrive hein !) car en plus de fonctionner, l'O-Taku Manga Lounge a su multiplier les expériences à travers différents espaces allant du simple café entre amis, aux séances de jeux vidéos en passant par la lecture de Mangas. À cela, ajoutez des manifestations culturelles et vous avez un endroit plutôt unique où l'on aime retourner.

 

Note: pour l'adresse ce n'est pas très compliqué: 3623, rue Saint-Denis (2ème étage), sortie Métro Sherbrooke !

 

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