Le jeu vidéo est en crise

Ho non, ce n'est pas de la crise économique (quoique...) ni même de la crise de créativité dont je veux parler, mais c'est une crise tout aussi grave : celle du respect du client. Jamais une industrie n'a autant maltraité ses clients que celle du jeu vidéo. Jamais une industrie n'a pu s'offrir autant de libertés au détriment du consommateur... Et le joueur, lui, s'est consciemment transformé en pigeon car lui aussi est en crise. Et je me demande lequel est le plus à pointer du doigt...

 

le joueur du 21ème siècle

 

Trop de DRM tue le DRM

Tout a commencé avec Starforce... Vous savez cette fabuleuse protection qui foutait en l'air Windows en installant un driver propriétaire qui, de surcroît était incompatible sur tout système 64 bits jusqu'à il y a environ 1 an.

Le seul moyen efficace d'installer un jeu estampillé Starforce  était pour beaucoup de... pirater le jeu en utilisant un crack. Le comble n'est-ce pas ? Surtout lorsque l'on n'y connaît pas grand-chose et que notre seul souhait est de jouer.

En fait, cette protection anti-pirate était (et est toujours) un pourisseur de système. Si vous avez un lecteur virtuel, attendez-vous à rencontrer de nombreuses difficultés pour installer ou profiter d'un jeu parce que ce dernier ne fait pas du tout bon ménage avec les outils de virtualisation.

Electronic Arts, grand adepte des protections à la con avait encore fait mieux et l'on peut se rappeler de Spore qui permettait à l'acheteur de n'activer que 5 fois son jeu. Alors sous peine de changer de PC et de formater un peu trop souvent, vous vous trouviez en face d'un jeu qui refusait tout simplement de s'installer et vos quelques euros investis finissaient dans une poubelle.

Et comme si ce n'était pas assez, Ubisoft a créé ce qu'il y a de pire. Les DRMs qui nécessitent une authentification sur serveur distant... En gros, sans connexion internet, impossible de jouer à Assassin's Creed II par exemple. La riposte fut brutale est les serveurs de Ubisoft explosèrent sous les attaques, mis hors service.

 

Salut, c'est moi qui vais pourrir ton PC pour toujours



Ainsi, Ubisoft nous rend carrément tributaire d'un système de protection instable et qui plante... Il est maintenant devenu littéralement impossible de profiter d'un jeu solo quand bon nous semble puisque si le service d'identitification est hors service, le jeu ne fonctionnera pas.

Le joueur se trouve ainsi pris en otage par ses achats. Les indications de configuration hardware sur les boîtes de jeu ne suffisent plus... Plus rien ne peut garantir que votre jeu puisse fonctionner correctement tellement les nouvelles générations de DRMs sont invasives. D'ailleurs, nous devrions être prévenus du type de protection utilisé lorsque l'on achète un jeu...

Alors oui c'est vraiment de la merde et ces systèmes ne sont que des encouragements au piratage, mais le pire ce n'est pas vraiment leur existence non, c'est leur cautionnement... Parce con comme on est, on paye et on fait rentrer le jeu dans les charts des millions sellers tout en criant au vol !

 

Oui... jouer solo sans internet c'est parfois impossible

 

Nous validons donc directement l'utilisation de ces DRMs et même si les joueurs ont remporté quelques victoires par le passé (notamment les déprotections starforce), ce n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan de l'idiotie organisée autour de ces procédés anti-copies qui, un jour où l'autre, sautent.

Mais le gamer est encore parfois plus stupide... En plus de cautionner des protections invasives et à la limite destructrices pour l'environnement Windows, il claque compulsivement du fric dans des DLCs de mauvaise qualité et plus encore...

 

le duo qui sait gagner de l'argent

 

L'escroquerie au DLC

Et le grand gagnant est... (roulements de tambours) Activision-Blizzard ! Mais avant de me pencher sur leur misérable cas, petite explication pour les non-initiés. Les DLCs sont tout simplement de simples ajouts sur un titre. On a donc de nouvelles petites quêtes dans un jeu de rôle, de nouvelles cartes dans un jeu d'action en passant par une myriade de trucs inutiles tels que de nouveaux vêtements pour nos personnages favoris.

L'idée de base est géniale. En effet, avec un contenu additionnel de qualité, on peut largement accroître la durée de vie d'un titre à moindre coût, et ce, aussi bien pour le développeur que le consommateur. Tout le monde est content !

 

Oui... ça en rapporte énormément

 

Mais voilà, l'industrie en a décidé autrement et elle préfère presser le citron qu'est le joueur pour en faire le moins possible. Je pense ici à Modern Warfare 2... Vendu 10 euros de plus, le jeu ne disposait pas, comme c'est le cas dans l'ensemble de la concurrence de serveurs dédiés pour pouvoir y jouer. Il faut donc monter héberger soi-même les parties et on sait que le lag (temps de latence) devient une sorte de constante fortement désagréable.

Malgré les cris des fans, Activision a quand même vendu son jeu en l'état et l'a extrêmement bien vendu... Le consommateur s'est donc royalement planté en validant la nouvelle pratique développée par un service marketing qui a apparemment tout compris aux pulsions des joueurs.

Ils ont d'ailleurs tellement bien compris les choses qu'ils se sont essayés à vendre 5 cartes supplémentaires (3 inédites pas 5, faut pas déconner non plus) pour le multijoueur à 14.90 euros et... ils ont trouvé des acheteurs ! Oui, moi aussi ça me fait pleurer.

 

une map à 3 euros, 5 à 14.90, seulement 3 inédites, qui dit mieux ?

 

Comment rentabiliser un stagiaire

Blizzard quant à lui a pu observer, sourire aux lèvres, son collègue escroquer les gamers au grand jour et a dû se dire, que puis-je faire de pire qui puisse me rapporter des millions de brouzoufs et me coûter que dalle ?

Blizzard avait déjà de nombreuses cordes à son arc avec World Of Warcraft. Transferts de serveurs à des prix prohibitifs,changement d'avatar à un prix tout aussi ridicule et là, le service marketeux a eu une idée de génie !

Et si on faisait payer un cheval très laid, une sorte de blague graphique faite par le stagiaire à 20 euros (25$) ? Les actionnaires ont donc dû commencer par se frotter les mains et à rire aux éclats quand quelques heures après la mise en ligne du produit, 140 000 joueurs se sont jetés sur le truc...3.5 millions de dollars pour ça ! Pas mal non ?

 

bonjour, je coûte 20 euros

 

 

Finalement, qui c'est qui est en crise ?

Le joueur... Consommer est un acte politique me répète-t-on souvent. C'est donc bien à cause des joueurs que l'industrie du jeu vidéo se pervertit lamentablement en vendant hors de prix des bouts de pixels totalement inutiles ou des jeux tellement protégés qu'ils le sont également contre le joueur lui-même. Le piratage n'entre pas en ligne de compte. De nombreuses études ont prouvé que des jeux non protégés et de qualité se vendaient aussi bien que leurs copains DRMisés.

L'offre dans le domaine du jeu est pourtant énorme (surtout ce début d'année). Pourquoi conforter la position de compagnies aux habitudes tordues et irrespectueuses du joueur et ne pas se focaliser sur les autres développeurs aux moeurs un peu plus civilisées ?

Pourquoi valider la mise en place d'un système qui se fout totalement de nous ? Parce que c'est ce que font beaucoup de joueurs en ce moment en continuant à acheter ces produits. Il va arriver un moment où nous n'aurons plus droit de nous plaindre, car justement, nous avons accepté de consommer ces titres dont la politique de vente est plus que discutable...

L'industrie, elle, ne fait finalement que profiter de nos faiblesses, que feriez-vous à sa place ? C'est apparemment tellement facile...

 

 

Note: J'ai acheté comme beaucoup Modern Warfare 2 (le collector en plus) que j'ai revendu le jour de la sortie du DLC tellement j'étais dégoûté

Note 2: J'ai acheté Assassin's Creed II justement pour voir la protection en action, je n'ai jamais pu jouer correctement. J'ai donc été remboursé par le magasin (pas eu besoin de m'adresser à Ubisoft)

 

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