Décidément, l'histoire est un éternel recommencement et l'évolution des médias semble effrayer au plus au point certains éditeurs. Plutôt que de modifier leur structure, quelques éditeurs reproduisent les mêmes erreurs que le milieu de la musique et du cinéma ce qui n'augure rien de bon...

On savait que l'ipad allait mettre le bordel dans le monde de l'édition mais ce que l'on ne savait pas c'est que les tablettes android avaient la capacité d'exploser le marché en sortant des formats de poche 7, 9 et 10". Certains pensent que c'est littéralement un pousse-au-crime alors que d'autres y verront une évolution naturelle.
L'ère du numérique virtualise les différentes formes de médias. Images, sons et textes voyagent plus facilement et forcément se copient plus facilement également.
Le début des années 2000 était la période charnière pour les industries du disque et du cinéma. Elles ont échoué lamentablement. 2010 est l'année charnière de l'industrie du livre et c'est loin d'être gagné.

Nous avons appris avec le disque qu'il ne fallait pas se battre contre le mp3 mais qu'il fallait embrasser ces nouvelles technologies et y investir de l'argent pour repenser le modèle économique. À l'ère du streaming, nous voyons que Deezer et Spotify sont des solutions viables pour l'avenir de la musique dématérialisée, produit qui se consomme sans modération.
La réaction de l'industrie musicale et du cinéma fut le DRM. La réaction du public, elle, fut tout aussi radicale. Il n'aura fallu que quelques jours à chaque type DRM pour se faire atomiser par un hacker de passage qui avait un peu de temps à offrir. Ces protections créent une hostilité énorme vis-à-vis du produit. Qui a l'envie d'acheter un produit sous DRM en sachant qu'il ne pourra l'utiliser par exemple que sur son ipod et pas sur son androphone ? Personne... Quand on paye, on veut le privilège de faire ce que l'on veut de notre achat et c'est normal.

Devant l'inefficacité systématique des protections aux coûts exorbitants ,la répression et la pression politique furent les seules actions menées par différentes Majors. Nous nous retrouvons donc avec un joli paquet de lois liberticides qui transforment peu à peu le net que nous connaissons.
Ainsi, plutôt que d'obtenir des résultats positifs, nous sommes devant la naissance d'un crypto-anarchisme de plus en plus présent mais également devant une mutation des modes opératoires du piratage. Là où le P2P ne rapportait rien à personne, le téléchargement direct offre l'opportunité à certains de s'en mettre plein les poches au détriment, notamment, des auteurs. Ces Lois ont donc permis à une économie parallèle de prospérer et ce n'est pas terminé.
Le monde de l'édition semble tout droit sorti d'une grotte... Alors que le ebook se vulgarise, les DRMs semblent être la voie privilégiée pour l'économie numérique du livre. Les conséquences seront donc radicales. Le public a rejeté 2 fois les DRMs, il va recommencer... On observe déjà des éditeurs qui couinent devant le piratage de leurs ouvrages. Ben oui, mais c'est pas comme si on ne l'avait jamais vu ça hein !
Quant aux éditeurs ne voulant pas franchir le pas du numérique (rappelons-nous de l'industrie du CD), ils ne semblent pas comprendre que leurs oeuvres se retrouvent quand même scannées et disponibles sur le web. On ne peut actuellement plus se dire à l'abri du piratage numérique. Il faut vivre avec, s'en accommoder et proposer une solution.
Certes, le livre n'est pas encore un produit qui se consomme comme le cinéma ou la musique mais ça commence (surtout pour la bande dessinée qui se lit plus rapidement). La mentalité de l'immédiateté, de la consommation compulsive est encrée dans la culture des générations X et Y.
Toutefois, on notera que certains éditeurs n'ont pas dit non au numérique mais ne savent pas trop comment s'y prendre pour à la fois jouer la carte de la rentabilité et d'autre part intéresser le public.

Personne ne crie ou ne pleure sur les bibliothèques... On y consulte des livres moyennant un abonnement. C'est légal et tous les éditeurs aiment voir leurs ouvrages en bibliothèque. Pourquoi faire alors tout un foin quand il s'agit de reproduire ce schéma ancestral sur le web ?
Le principe de la bibliothèque numérique est probablement ce qui peut sauver l'industrie du livre. Moyennant un abonnement annuel, on peut consulter ce que nous voulons. Les bibliothèques peuvent être thématiques ou généralistes, éducatives ou ludiques. Ce ne sont pas les possibilités qui manquent. La bibliothèque numérique c'est la découverte d'auteurs et d'œuvres diverses que l'on oserait pas acheter en principe. Ces découvertes, ce sont des ouvrages potentiellement vendus lorsqu'ils plaisent.
Certes, le mode rémunératoire peut être complexe à gérer et devra s'adapter (À qui reverser ? Comment le faire ? etc.) et la bibliothèque numérique n'a pour ainsi dire aucune limite d'espace puisque le simple ajout de disques durs débouche sur l'addition conséquente de nouveaux ouvrages, là où une bibliothèque physique doit non seulement gérer un espace limité mais aussi l'usure des livres.

De plus, jamais on ne pourra vendre à quelqu'un un ouvrage numérique au prix d'un ouvrage papier... Ça ne fonctionnera tout simplement pas, autant oublier le concept tout de suite et l'enterrer.
Quant au libraire inquiet (on peut le comprendre), un vrai fan de livres, peu importe qui, quand il aime un ouvrage, il l'achète "physiquement" hein... L'odeur du papier, le plaisir de collectionner, la chaleur du livre, etc. Ça existe. Contrairement à la musique ou au film, on ne demande même pas d'édition collector avec des bonus de fou, non... On demande le choix ! Consommer la lecture comme bon nous semble... Et en numérique ça semble très bon pour une tranche de plus en plus importante de la population.