Le piratage, un acte citoyen ?

Arrivés dans une situation où il est impossible d'avoir une discussion constructive avec les autorités et les majors, les citoyens vont bien devoir affirmer leur volonté de changement par d'autres moyens. Malgré les arguments et les solutions énoncées, les majors font la sourde oreille, effrayées par les mutations économiques qu'engendre l'ère numérique. Maintenant, je me demande tout simplement si le piratage ne va pas devenir une action revendicatrice forte, une action citoyenne.

 

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Retour sur la propriété intellectuelle en 2010

On en entend beaucoup parler, mais finalement peu de gens savent vraiment comment cela fonctionne. La principale particularité de la propriété intellectuelle est son démembrement possible, nerf de la guerre.

Ainsi, les droits peuvent être vendus par "bloc ". Vous pouvez donc vendre les droits de diffusion à X, les droits de distribution à Y et dans une même œuvre, plusieurs droits peuvent entrer en conflit.

Dans ce cas, vous verrez que les droits d'un film et de sa musique originale peuvent être divisés. Ce cas de figure s'est vu dans les dessins animés des années 80 où les épisodes étaient parfois vendus sans trame sonore (ce qui explique que la version originale comporte des morceaux d'ambiance supplémentaires).

Et comme si tout cela n'était pas assez compliqué, il est bien entendu possible d'acquérir les droits pour une langue précise ou un territoire quelconque ou encore pour une distribution numérique ou physique, exclusive ou non et pour une période donnée sans oublier les simples droits d'exploitation (par exemple les droits sur un livre pour en faire un film).

Notre société a même inventé les droits dérivés! Vous savez, ces jouets, ces livres et ces trucs inutiles qui se vendent par camion et rapportent énormément à différents acteurs de l'industrie.

Tout cela se concrétise de manière uniquement contractuelle où l'ambiguïté n'a pas sa place. Les contrats sont clairs et chacun connait la limite des droits acquis et cédés. Plus vous divisez vos droits, plus vous pouvez accumuler d'argent, ce qui est logique. Des droits de distribution pour le monde par exemple ne sont pas la somme de tous les droits de distributions territoriaux. Ils sont bien moins élevés, donc ne représentent aucun intérêt.

Maintenant vous comprenez pourquoi Jiwa n'avait aucune chance de succès.

 

jiwa

 

L'ère du numérique : la major devient potentiellement inutile

Si à l'époque du support physique tout était simple et il suffisait de ne pas vendre le produit à l'étranger ou de simples DRM de zonage réglaient les problèmes, le net a tué les standards depuis longtemps établis. De plus, produire soi-même un DVD ou un CD est coûteux et il faut posséder un réseau de diffusion difficilement accessible.

Aujourd'hui, la distribution ne peut plus se concevoir de manière territoriale puisque justement internet exploite un concept de mondialisation où tout le monde est logé à la même enseigne.

De plus, la dématérialisation du support facilite la distribution pouvant rendre les majors obsolètes puisque si vous désirez vous faire connaître ou diffuser vos œuvres, Google, Paypal et un nombre incalculable de services existent pour aider monsieur tout le monde à être diffusé partout. Vous venez donc de détruire un intermédiaire pour passer de l'auteur au consommateur.

Forcément, le monde musical est le plus à même d'éliminer les majors liés à la vente de CD. Dans le monde du cinéma, les choses sont plus complexes puisque les droits d'auteur peuvent appartenir à la major qui va elle-même distribuer l'œuvre sur le support de son choix (une sorte de circuit fermé). C'est d'ailleurs pour ça qu'ils se battent farouchement pour la division et la revente de divers droits qui peuvent rapporter énormément (imaginez 2 secondes l'argent perçu pour la série Heroes dans chaque pays où elle a été diffusée).

Maintenant on comprend mieux les craintes des dinosaures du multimédia qui peuvent perdre énormément d'argent et qui ont bien entendu décidé de se battre à coups d'euros et de dollars en faisant pression sur les gouvernements afin de voir naître des lois les protégeant du vil internet et du méchant pirate.

À cela, vous rajoutez les habitudes des internautes qui sont orientés vers une consommation de masse de la culture où voir une dizaine de films par semaine et écouter une centaine de morceaux de musique est devenu normal et vous obtenez la naissance du "multimédia service" et la mort du "multimédia produit", soit la crainte la plus profonde de l'industrie.

 

hadopi

 

Pirater pour lutter

Mais voilà, les Lois de type Hadopi, on ne le dira jamais assez, ne défendent pas les auteurs, mais les Majors et le concept de "multimédia produit" ! Elles défendent des intérêts purement privés au détriment du bien public. Lorsque l'on vous sucre votre connexion internet pour piratage, l'auteur y gagne-t-il quelque chose ? Non. Par contre, vous avez quelque part payé, via vos impôts, votre coupure...

Je crois que le rôle d'un bon citoyen est de faire en sorte de montrer à ses élus qu'ils se trompent de cible. Ce n'est pas le téléchargeur qu'il faut punir, mais il faut rémunérer l'auteur. Ce n'est pas la même chose. Pour le faire, je ne vois pas d'autre possibilité aujourd'hui que de mettre en échec la Loi elle-même en prouvant simplement son inefficacité.

Bien entendu, il faut le faire en conservant une éthique, un esprit de partage sous forme communautaire, donc il faut utiliser le P2P via des VPNs, tout simplement, et, si vraiment vous êtes un peu trop parano, utilisez les newsgroups et pratiquez le partage (si vous prenez, pensez au moins à donner). Ça reste à mon sens une alternative, qui, même si elle est très centralisée, respecte les concepts initiaux développés autour de la culture du partage.

Pratiqué ainsi, le piratage constitue une véritable prise de conscience et un désaccord marqué avec les politiques conservatrices qui s'accumulent. C'est aussi une mise au point avec les majors, encore persuadées de détenir une quelconque vérité sur la manière dont la culture doit être diffusée.

L'industrie du disque est morte avec l'ère numérique et celle du cinéma doit évoluer si elle ne veut pas subir un sort similaire (ce qui serait dommageable pour tout le monde).

En fait, la mise en échec de ces lois ne dépend que de nous...

 

 

(Note: J'ai volontairement fait l'impasse sur les projections ciné et les concerts qui sont d'autres modes très lucratifs, le second étant une manne pour l'auteur lui-même)



 


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