Être un héros, c'est bien mais rébarbatif. Construire, protéger ou sauver le monde vidéoludique sont le lot quotidien de tout joueur moyen. Triumph Studio va enfin nous permettre de renouer avec la destruction et le mal grâce à son dernier titre, Overlord. Entre stratégie, micro-gestion, beat them all et jeu de rôle, ce jeu aura le mérite de rafraîchir notre saison estivale qui s'annonce bien chaude niveau sorties.
Se réveiller un matin avec pour mission l'asservissement du monde n'est pas chose facile, loin de là. Surtout quand ledit monde a oublié votre prédécesseur et sa majestueuse tour, détruite par des héros pensant sauver les peuples opprimés par son courroux. Heureusement que les larbins, vos créatures, ont réagi et décidé de rétablir l'ordre qui est le vôtre, c'est-à-dire le chaos.
C'est ainsi que vous vous retrouvez dans un monde coloré et lumineux, accompagné de personnages remplis de vie. Toute cette chaleur et ce bonheur ambiant vous piquent douloureusement les yeux, mais il n'y a rien à redire... C'est franchement beau et éclatant. Le village d'Abondance et les sentiers qui y mènent sont verdoyants et détaillés alors que la forêt elfique, inquiétante, offre une ambiance magique, dans des tons bien plus sombres.
Et puisque faire le mal est un vrai plaisir, l'humour omniprésent se traduit par un doublage français réussi où vos larbins trouveront les bons mots pour vous dérider. Quant à la musique, elle est aussi soignée que le graphisme ou le doublage et, bien sûr, tout aussi décalée. Suivant les morceaux, on ne serait même pas étonné de voir Gandalf ou Frodon traverser l'écran.
Mais comme nous le savons tous, le monde n'est pas parfait... un peu comme la caméra de Overlord. Après quelques crises de nerfs justifiées (tuez des paysans pour vous soulager), vous vous habituerez à la réajuster à moins que vous ne vouliez perdre un de vos sous-fifres. Il faudra vous accommoder de ce défaut et en tenir compte dans les phases un peu tendues du jeu, ainsi que pour les énigmes nécessitant la manipulations des larbins.
Comme tout méchant qui se respecte, la basse besogne de destruction n'est pas de votre ressort, diriger convenant bien mieux à votre classe et votre statut d'Overlord. Le seigneur que vous êtes possède donc ses armées de larbins qu'il peut invoquer grâce à des puits disséminés sur les différentes cartes du jeu. Ce sont d'ailleurs ces larbins, qui en plus de vous rappeler Dungeon Keeper et surtout Pikmin, représentent l'essentiel du gameplay.
La majeure partie du gameplay repose sur vos larbins, sorte de petits diablotins, divisés en quatre familles (brun, rouge, vert et bleu) aux aptitudes différentes. Vous devrez ainsi créer le groupe idéal pour résoudre les énigmes et autres puzzles, détruire tout ce qui vous entoure ou encore libérer un passage. Dans l'ensemble, le jeu est assez facile et les casse-têtes ne proposent pas de défis insurmontables.
Afin de vous faciliter la tâche, les développeurs ont doté les larbins d'une bonne I.A. et d'un pathfiding qui fait son travail. Ainsi, votre meute ne se contentera pas d'obéir simplement à vos ordres mais vous rapportera également les trésors de leurs escapades chaotiques. Afin d'assurer un bon contrôle de vos sbires, vous pourrez toujours prendre les commandes pour diriger un groupe de larbins ou encore stationner un petit groupe pour une raison stratégique à un endroit et un autre ailleurs. Les différentes races pourront même se compléter dans certains passages. Par exemple, vos larbins bleus savent nager et ressusciter leurs compagnons alors que les rouges peuvent non seulement libérer certains passages enflammés mais également détruire vos ennemis à distance avec leurs boules de feu. Votre tâche sera finalement simple: utiliser les bons larbins au bon moment.
De plus, lors de vos voyages, vous découvrirez des objets vous permettant non seulement d'accroître votre vitalité et votre mana, ou encore la taille de votre meute, mais aussi des hauts-fourneaux pour la création d'armures ou d'armes d'un matériau donné. À cela s'ajoute la possibilité de modifier votre tour pour lui rendre son prestige et son esthétique d'autrefois.
Malheureusement pour nous, l'Overlord n'est qu'un faiblard qui, sans ses larbins, se verrait directement explosé par la première révolte paysanne venue. En effet, plutôt fragile, vous devrez compter perpétuellement sur vos sujets destructeurs pour piller ou tuer. Vous ferez office de général et assisterez vos larbins en lançant un sort une fois de temps en temps et en faisant voler votre hache mais jamais vous ne pourrez vous mettre en première ligne, signe de mort rapide (voire immédiate).
Toutefois, si ce gameplay est rafraîchissant, il n'est pas dépourvu de défauts. Les changements de zone peuvent être l'occasion de chargements un peu longs. D'autre part, l'obligation de regagner sa tour pour fouler le sol de zones non liées entre elles est souvent énervante lorsque vous ne faites que passer pour aller chercher un objet qui était inaccessible car vous n'aviez pas accompli une quête précise. À cela s'ajoute le repeuplement automatique de zones qui peut devenir très vite bien lourd quand vous faites de nombreux va-et-vient. Dernier souci crispant, l'absence de minimap... Vous devrez impérativement mémoriser les chemins que vous prenez ou vous tournerez indéfiniment en rond (surtout chez les elfes) et trouver des points de repère sera une nécessité.
L'une des grandes forces d'Overlord réside dans la possibilité de choisir: être le mal absolu, tuer tout sur son passage ou alors aider les opprimés en balayant ceux qu'ils craignent. Certaines quêtes se soldent par un choix cornélien du type: ''je donne les provisions au village'' ou ''je les garde pour moi et je tue tous les témoins''. Paradoxalement, le jeu reste assez linéaire, voire dirigiste, et malgré la taille de certaines zones, vous devrez accomplir des quêtes dans un ordre précis pour accéder à de nouveaux lieux. Second paradoxe, plus gênant, l'influence de nos choix est plutôt minime sur le déroulement du jeu, être bon ou méchant ne changera presque rien à votre progression.
Si le gameplay est original, les quêtes le sont beaucoup moins. De manière générale, les missions sont assez classiques, souvent répétitives et de nombreux mécanismes de jeux sont reproduits fréquemment (les techniques d'ouverture de portes sont pratiquement toutes les mêmes par exemple). Ce genre de problème contribue à casser le rythme du jeu et pourra en lasser certains.
Overlord a donc du mal à se renouveler au fil de l'aventure. Le titre reste très agréable à jouer mais les efforts consentis pour obtenir un bon gameplay se sont confinés à celui-ci, sacrifiant un peu le contenu même du jeu. On aura donc tendance à ne pas y rejouer car les modes XBL proposés sont tout juste anecdotiques et se résument à de simples duels, sans aucun mode coopératif.
Overlord avait d'excellents atouts pour devenir un grand jeu et rejoindre le panthéon des titres cultes. Malheureusement quelques défauts sont venus ternir son image, surtout au niveau du déroulement de votre aventure. Un peu répétitif par moment et facile une fois les mécaniques assimilées, Overlord vous tiendra en haleine une trentaine d'heures. Déverrouiller les exploits pourra être une motivation supplémentaire pour y rejouer. Le titre est bon sans être excellent et le gameplay gagnerait à être développé, un peu à l'image de Fable 2 (selon Peter Molyneux) où les choix influencent directement le déroulement du scénario.
Si vous aimez les titres originaux, que vous êtes blasés des sempiternels FPS et autres jeux plutôt classiques, Overlord pourrait être pour vous. Servi par une ergonomie sans faille (la manette est totalement maîtrisée), une plastique fantastique (quelle rime) et par un humour décalé, n'hésitez pas à télécharger la démo pour le tester et vous faire une première idée sur le jeu. Si vous êtes charmés ou intrigués, il y a de fortes chances qu'Overlord vous plaise.