Petit, j'avais beaucoup de mal à apprécier ce que mes petits camarades aimaient... les petites voitures, les GI Joe, Big Jim, etc. Moi, ce qui me passionnait, c'était d'aller chez les amis de ma mère où un gars me montrait un truc qu'on appelait un Oric-1... un écran monochrome, un lecteur de cassette et un bruit terrible en lecture... J'étais fan
Puis vint l'été 86, ça faisait 2 ans que je bavais sur cette machine et... grand moment, ma mère me l'offrit, pensant que c'était encore un caprice du fiston... La grande aventure commença... La machine me fascinait tellement que j'en parlais partout et tout le monde s'en foutait me trouvant étrange moi et mes 8 ans, fier comme un coq et l'avis des autres m'indifférait. Le geek en moi était sorti du placard... Fini d'aller jouer à des conneries dehors, des trucs sans intérêt, je pouvais vivre dans le monde de l'aigle d'Or et sauver des princesses !
Ce que je ne savais pas, c'est que plus je parlais de ma passion que je pouvais assouvir plus les gens me regardaient d'un drôle d'œil... J'en ai entendu de toute sorte dont certaines phrases aujourd'hui me tire un petit sourire moqueur. Spéciale dédicace à un "il est comme ça sûrement parce qu'il n'a que sa mère", "elle ne doit pas pouvoir s'occuper de lui", etc. C'était un genre les années 80.
Enfin bon, j'avais pris la décision de m'en taper sévèrement et de friter tout ce qui voulait toucher au saint-graal. Puis vient l'année 1992... N'ayant pas de sous, je tirais mon Oric-1 mais économisait pour me trouver autre chose. Je programmais en basic des trucs inutiles mais je passais ma vie chez mon nouvel ami, mon voisin qui avait eu la chance d'avoir une Master System de Sega ! Alex Kid, ça déchirait !
Alors que mon voisin avait eu la Super Nintendo, moi, j'avais croisé Dieu : un Amiga 500 ! Le choc fut terrible. Jamais je n'avais rien vu de plus beau. Le Workbench, système d'exploitation tenant sur une disquette était impressionnant. Je vous épargne les temps de chargement réduits de 90%.
Voulant à nouveau faire partager ma passion à mon entourage qui me trouvait de plus en plus louche, je me suis donc empressé de parler de mon nouveau bébé. L'accueil fut aussi froid que celui de l'Oric-1 mais dans le désert que je traversais, je suis tombé sur un petit groupe de nomades fanatiques d'Amiga... Des gens comme moi, un peu plus âgés mais dont les yeux scintillaient quand une démo de Sanity tournait sur l'Amiga.
Quant aux jeux, tous fantastiques ! Turrican II m'avait fasciné et j'avais aussi découvert le Warez, les BBS, un monde de gens comme moi composé d'ados et d'adultes de cette nouvelle vague underground peu appréciée par le reste de la population. On s'en foutait nous, on customizait nos Amiga en les peignant, on y ajoutait des disques durs de quelques Mégas et on s'éclatait.
Bien entendu, je n'abandonnais pas mon voisin parce que les geeks, ça se serre les coudes et c'était l'âge d'or de Street Fighter II donc, on avait de quoi faire ! Avec mes nouveaux amis, on arpentait les bars en expliquant aux propriétaires que si on était mineur, on voulait avant tout jouer sur les bornes arcades. Tout y est passé Mortal Kombat, King Of Fighter, et surtout notre argent de poche...
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Entre 1994 et 1996 Internet débarquait, nous étions une poignée... Je me souviens de Razor 1911 et de leur BBS mais aussi, un plus tard, des Blue Box afin de pouvoir téléphoner gratuitement à mes nouveaux amis qui vivaient sur l'autre continent et qui avaient un accent si bizarre mais parlaient français, les Québécois ! Ils me firent découvrir l'Underground avec des webzines comme No Route... C'était top.
Quant à la vision des gens sur ce monde qui émergeait, nous étions diabolisés... Animation japonaise considérée comme violente, perverse et autre, Informatique considérée comme occupation d'asociaux, cinéma asiatique considéré comme stupide, jeux de rôle considérés comme nazi, etc. On était gâté nous les geeks, à la fois asocial, pervers et nazi, on vivait notre différence au gré des médias accusateurs et d'un public ignorant qui montrait du doigt ces occupations si malsaines. C'est vrai que s'abrutir devant Drucker, c'était mieux.
Puis vient 1998, après mon Amiga 1200 j'ai dû céder, comme tous les grands groupes warez, au PC... Ce fut un Cyrix sur lequel mes talents d'overclocker me prouvèrent que l'overclock, c'est une science et qu'un processeur, ça fond. Le monde du Pc était impersonnel, contrairement à celui de l'Amiga, composé de fans, mais c'était ainsi... Maudit Windows que je ne comprenais pas parce qu'il plantait sans raison... Je regrettais mon Workbench et sa disquette.
Geek un jour, geek toujours, je découvris Linux. Le choc fut aussi intense que celui de l'Oric-1 et de l'Amiga. Par contre cette fois, hors de question que j'en parle autour de moi... L'animation japonaise m'avait élevé au rang de pervers bizarre, c'était suffisant, je n'avais pas besoin de plus.
Pour cette nouvelle aventure, je fus assez seul... Aidé par mes amis de l'autre côté de l'océan je découvris un monde libre, rempli de fanatiques... Qu'est-ce que c'était chouette ! On était maître de tout et quand ça plantait, c'était de notre faute ! Je me balladais fièrement sur IRC Efnet avec un BNC (un proxy offrant un mask de type IRCOP.Are.Badass.com sur IRC, c'était in).
Le monde que j'avais connu dans les années 80 avait changé... Il y avait des gens "normaux" sur IRC, surtout sur DALnet et UNDERnet. C'était étrange. Ils ne nous jugeaient pas et nous élevaient parfois au stade de dieu lorsque nous les dépannions. Ils nous craignaient quand on se mettait en colère et les faisions planter... Ils s'intéressaient même à notre japanimation si perverse et nos jeux si stupides. Le monde changeait-il ?
2000 fut étrange. Étudiant je voyais que les choses changeaient. Des pubs Dybex, Kaze, Manga dans Paris ? C'est quoi ce bordel... Il se passe quoi ? Pourquoi les gens, les mêmes qui m'insultaient quelques années auparavant viennent-ils me voir aujourd'hui pour me demander non pas de regarder leur PC, ça ils le faisaient déjà, mais quel anime serait sympa à regarder... Quelques années avant, ils me traitaient de pervers. Certains ont même osé me demander quel jeu de rôle tester pour débuter, c'était une sorte de victoire alors je leur répondais. Je me disais, peut-être qu'ils pensent qu'il n'y a pas eu de bug en l'an 2000 grâce aux Geeks.
Puis vient l'année du changement, 2001, année à la fois bénie et maudite... Celle de la sortie cinématographique du Seigneur des Anneaux par Peter Jackson (que tout geek connaissait depuis des lustres). Le succès allant, avoir lu les livres nous rendaient "cool", on passait de sale con à cultivé, de pervers à intelligent et de frustré à fashion... Mais qu'est-ce qu'il se passait ?
Discutant avec des geeks américains, ils me disaient que chez eux, c'était pareil... Le grand public s'était accaparé nos idoles, ils ratissaient large. Les Comics y passèrent, sacrifiant ainsi X-Men, Hellboy, Spawn ou encore Spiderman a un public qui découvrait ce qui existait depuis des années mais dont aucun média, excepté les médias spécialisés, ne parlait.
Les années passaient et ça ne s'arrangeait pas. Le ipod, les netbooks et le iphone enfoncèrent le clou. Tout le monde devenait Geek. (avec une majuscule, c'est presqu'un titre).. Geek c'est cool, c'est la nouvelle tendance, c'est génial... Hé bien, non, ça ne l'est pas. Ce grand public pillard de concept et d'idées qui ne fait que vivre à travers des médias qui l'abrutissent et qui chassait le geek comme il l'apprécie aujourd'hui c'est du grand n'importe quoi...
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Toi là qui te ballade avec ton putain de iphone, te marre sur ton skyblog où l'on doit "lâcher des coms" et qui va tripper sur Facebook, sache que tu n'es pas un geek. Tu n'es qu'une fashion victim manipulée par des médias en manque d'inspiration. Avoir vu le Seigneur des Anneaux, Spiderman ou avoir participer à un AD&D ne fait pas de toi un fin limier en matière de geekattitude. Porter un t-shirt écrit en binaire sans en comprendre un traître mot fait de toi un mouton.
Non être geek c'est autre chose. Être geek, c'est être passionné par l'informatique ou les jeux vidéo ou le high tech peu importe ce qu'en disent les médias de masse. Il y a des geeks dans de nombreux domaines et ils n'ont pas attendus que le XXIème siècle frappe à leur porte pour se dire "tient donc, la technologie c'est cool". Toutefois, certains se sont découverts une vraie geekattitude grâce à cette ouverture, c'est très bien, mais ils sont une minorité...
On les retrouve dans une partie (importante) de la blogosphère et contrairement à toi, la fashion victim, ces nouveaux geeks auxquels tu te compares n'écrivent pas en SMS, ne te coupent pas la parole quand leur cellulaire sonne et n'utilisent pas facebook ou twitter pour raconter des platitudes pouvant figurer dans loft Story. Non, eux, ils partagent leur expérience, leurs connaissances et veulent apprendre des autres. Eux, ils conçoivent la communauté, ils aident, ils ne déstructurent pas ce qui a mis tellement de temps à se construire et surtout, ils n'ont jamais dénigré gratuitement ceux qui étaient là avant eux...
Sur ce, je ne t'en veux pas, toi la fashion victim apprentie geek mais sache que de jouer à Mario ne fait pas non plus de toi un geek... Qu'on soit d'accord hein... Jouer à Call Of Duty non plus... Non Geek c'est un ÉTAT D'ESPRIT ! une MENTALITÉ ! une soif de découvrir et d'apprendre ce que tu ignores et que tu ne connais pas et qui n'est pas spécifique aux technologies. Et ne me dis pas que tu essayes. C'est faux. Tu fais ce que les médias t'indiquent de faire et tu vas voir ce qu'ils te demandent d'aller voir. Réfléchis-y un peu. Et la prochaine fois que tu voudras taper un petit gars qui lit un bouquin d'heroic-fantasy dans son coin sans faire chier le monde, demande toi si, quand tu seras vieux, lui, ne sera pas à la mode.
Pour conclure, je dirai que je trouve l'évolution des choses amusante... Les geeks se sont organisés entre eux pendant des années et aujourd'hui on leur demande ou plutôt on exige d'eux plus d'ouverture. Je crois que cela n'arrivera jamais. La communauté geek va s'agrandir et c'est une excellente chose mais elle restera ce qu'elle est, mieux acceptée, en avance, mais toujours à part et c'est très bien ainsi.
J'ai ouvert ce blog avec la volonté de partager mes passions avec tout le monde. Montrer que les jeux vidéo, c'est passionnant, que le cinéma asiatique est une merveille et que l'informatique, finalement, ce n'est pas si compliqué si on s'y attarde un peu. J'ai apprécié les remerciements des gens, notamment pour les tutoriels sur les VPNs et Usenet. L'effet positif de ce chambardement de mentalité c'est de pouvoir enfin partager quelque chose sans être directement critiqué et jugé et ça, c'est ce qui rend tout cela bien plus positif que négatif.
Ce billet est né d'une lecture, sur Instant Perdu, blog de @LonelyFreak, que je vous recommande et sur lequel j'avais déjà réagi au commentaire 2 : Pwet le lien