On peut être pour ou contre le principe de transparence absolue de Wikileaks, c'est un débat en soi. Pour moi, telle n'est pas la question en ce moment. En fait, je m'inquiète surtout pour l'avenir du site et de ses nouvelles méthodes, ainsi que de la gestion de l'information par les journalistes.

Fût un temps, on représentait Wikileaks par un logo et non une photo de Julian Assange. On disait "nous apprenons par Wikileaks que" ou encore "Wikileaks va publier des documents sur". Les choses changent...
Aujourd'hui une révélation est introduite par un "Julian Assange va sortir X milliers de documents sur un sujet Y", les journaux sont triés sur le volet. Wikileaks passe au second plan et le sensationnalisme des divulgations l'emporte haut la main. On transforme l'information pour en faire un titre plus proche d'un article de Voici que d'un article de Le Monde.
L'information est tellement diluée qu'on ne se rappelle que du X documents publiés et de 2 ou 3 faits, le reste disparait dans le flot continu de données et en prime, on en revient à Julian Assange, la boucle est bouclée.
À peine les câbles diplomatiques sortis, on sait déjà que la prochaine révélation concernera le milieu bancaire et forcément on ne va pas tarder à voir apparaître les suppositions qui noieront les câbles diplomatiques sortis il y a quelques jours.
En fait, Wikileaks et Julian Assange se confondent de plus en plus, le site étant aujourd'hui immédiatement identifié à l'individu. J'en viens parfois à me demander qui, de l'information ou du personnage, est le plus médiatisé.

Si je regarde la somme monstrueuse d'articles au sujet des câbles diplomatiques, je vois un ramassis assez énorme d'informations inutiles. Qu'est-ce que cela peut me faire que les USA pensent que Sarkozy est susceptible et autoritaire ? On le sait tous... Et très sérieusement, on s'en tape, ce n'est pas important.
90% des articles présentés ces derniers jours font du sensationnalisme et il devient difficile de voir les informations importantes qui peuvent sortir des télégrammes. Pourtant, il y a de quoi faire des analyses complexes sur les relations internationales.
D'ailleurs, je pense que beaucoup s'attendaient à des articles de fonds et pas à un "Paris Match de l'ambassadeur". C'est bien entendu les journalistes qui sont ici à blâmer dans leurs choix.

Le tri que fait Wikileaks à propos de la publication des documents secrets me dérange également. Pourquoi Owni et le New-York Times n'ont pas été contactés ? Quid de la transparence et de la diffusion de masse ?
Wikileaks contrôle sa mise à disposition de l'information et ça, c'est un problème important. En théorie, les documents devraient être purement et simplement balancés sur le net. Wikileaks ne fait pas de journalisme mais de la diffusion d'informations brutes.
De plus, pourquoi des médias font une sélection des documents diffusés ? On perd obligatoirement une grande part de transparence à partir du moment où l'ensemble des documents n'est pas présent. Rien ne nous confirme que cette sélection est la plus judicieuse qui soit.
À l'heure où l'on nous promet 250 000 documents et que moins de 300 sont diffusés au compte-goutte, nous sommes en droit de nous poser des questions. Ils devraient tous être publiés, les journalistes pouvant après faire les articles qu'ils désirent.
Si l'on a peur des représailles vis à vis des noms figurant sur les documents, des équipes peuvent très bien se charger de les effacer . On ne peut pas se cacher derrière la sélection de journalistes.

Wikileaks a ouvert la voie vers un nouveau journalisme basé sur la transparence de l'information. Malheureusement, Julian Assange donne un peu l'impression de se cacher derrière une poignée de médias pour décortiquer les documents obtenus et ça, c'est franchement dommage.
Où sont les promesses de transparence ? S'il faut bien protéger les individus en effaçant quelques noms, il faut peut-être éviter de diffuser l'information au goutte-à-goutte, surtout que je doute qu'actuellement la sélection effectuée soit la plus judicieuse....
De plus, Julian Assange, accusé de transformé Wikileaks en culte autour de sa personne va voir apparaître un site potentiellement concurrent de son ancien partenaire Daniel Domscheit-Berg à la mi-décembre.
Autant je suis pour la transparence totale de l'information, autant les potins du monde politique m'indiffèrent. Je souhaite vraiment que Wikileaks ne fasse pas d'autres annonces biaisées, basées sur le sensationnalisme facile parce que bon, y'a les Beatles sur l'Appstore et paraît que ça a changé nos vies hein (caricatural et facile, je sais) ...
