Interview: Paul Da Silva porte parole du Parti Pirate
- Écrit par JC
Le Parti Pirate Français a du boulot. Entre Hadopi, LCEN, DADVSI, LOPPSI et ACTA il y a de quoi s'y perdre. L'enjeu est colossal puisque ce sont nos libertés individuelles qui sont dans la balance. Pour faire entendre sa voix, le Parti a son porte parole, Paul Da Silva, qui aura fort à faire pour se faire entendre et surtout comprendre de Mme Michu. J'ai donc demandé à Paul de bien vouloir répondre à quelques questions afin de pouvoir mieux comprendre à la fois le Parti et le personnage !

Peux-tu te présenter aux lecteurs ?
Paul Da Silva, 23 ans, passionné des questions relatives aux libertés numériques et des lois qui y ont trait depuis la DADVSI, j'ai commencé à m'exprimer publiquement sur ces propos il y a quelques temps déjà, de mon côté, avec mes moyens et mes compétences en informatique. J'ai ensuite décidé de rejoindre le Parti Pirate il y a quelques mois pour défendre ces libertés et aller au-delà. Quelques temps plus tard j'ai proposé ma candidature au poste de porte parole du Parti et ce poste m'a été confié.
Quelles sont tes fonctions au sein du parti pirate ?
Je suis porte parole du Parti et je contribue, comme beaucoup de membres, à élaborer le programme et la communication de cette belle machine démocratique dans laquelle la voix de tout le monde a le même poids.

Quels sont tes objectifs dans le parti ?
L'idéal serait, par les urnes, d'arriver à une réforme du droit d'auteur, une suppression de la notion de propriété intellectuelle (du moins en l'état) et une adoption d'un mode de financement de l'accès à la culture plus intelligent et qui favorise vraiment la culture. Dans ce schéma, le partage non-commercial entre internautes est reconnu comme bénéfique à la culture (et plus précisément à sa propagation). A plus court terme nous avons un rôle de négociateur avec les instances en place et d'information auprès des citoyens (internautes ou non) et des médias.
D'un point de vue plus personnel j'espère simplement que tout se passe bien et dans la bonne entente interne :)
Pas mal de gens pensent que le parti a mal choisi son nom, qu'as-tu à leur dire ?
Le nom a été choisi sur le mode sarcastique et en réaction aux abus législatifs du droit d'auteur pour commencer.
Les ayatollah du copyright ont au moins perdu sur le terrain de la communication outrancière, qui assimilaient le partage sur les réseaux et les actes de banditisme maritime modernes. Nous œuvrons à casser ce schéma, du moins nous l'espérons. Finalement, quand on observe le panel des réactions à notre nom, la curiosité, l'amusement et la sympathie l'emportent haut la main et il n'y a que très peu voire pas d'hostilité.
Quand René Dumont fonde 'le mouvement écologique' en 1974 devenu 'les Verts' en 1982 pour citer un parti récent, pas sur que l'engouement ait été total, pourtant la réussite est là.
Nous sommes très attachés à notre nom et pas prêts d'en changer !
Penses-tu profiter de la notoriété de ton blog pour aider le parti ?
La notoriété de mon blog est toute relative, elle a l'avantage de présenter mes idées depuis bien avant que je rejoigne le Parti et de m'avoir fait connaitre auprès de quelques personnes déjà bien informées sur les sujets traités. Il nous faut dépasser ce cercle des utilisateurs avertis et commencer à toucher les néophytes. En ce sens c'est plutôt le Parti qui aide le blog (ou du moins les idées qui y sont exposées et qui sont communes avec celles que je défends dans le cadre de mes fonctions).
Comment vas-tu t'y prendre pour que le parti soit pris au sérieux par les classes plus âgées ?
Tout est question de communication : nous avons en face des lois et des institutions avec un budget très largement supérieur à ce que l'on peut se permettre d'envisager dépenser dans de la communication et qui sont entièrement voués à de la propagande pro-lobby. Il nous faut donc agir intelligemment et clairement pour toucher un maximum de personnes à qui l'on ne va pas parler nécessairement de téléchargement illégal mais plutôt de partage d'oeuvres culturelles. Nous rêvons tous d'un monde dans lequel la culture, dans son infinie richesse, serait à la portée de tous !
Prévoyez-vous un programme complet (économique et social) et une campagne lors de futures élections ?
Non, pour le moment, pas de programme complet car notre démarche n'est pas celle-là.
Je ne vous dis pas que dans quelques années la situation sera la même et que les choses n'auront pas évolué. Les raisons pour lesquelles nous sommes venus en Politique et l'urgence qu'il y avait à défendre (ça ne s'est malheureusement pas démenti depuis, au contraire) quelques points précis dont la défense des libertés fondamentales à l'ère des technologies de l'immatériel, font que le programme est volontairement limité.
Si vous regardez nos propositions aux régionales, vous verrez qu'elles dépassent tout de même amplement le seul fait numérique.

Quel type d'actions prévoit maintenant le parti, vu que Hadopi est en place ?
Pour commencer je tiens à préciser que Hadopi n'est pas en place à proprement parler : il lui manque les volets pédagogiques et informatifs prévus par la loi. Pour le moment, et de ce que l'on sait pas avant un certain temps, la Hadopi est incapable de nous proposer des solutions sur ces deux points pourtant fondamentaux. Comment peut-on reprocher à quelqu'un un acte sans lui expliquer pourquoi c'est mal et quelles sont les alternatives possibles ?
Ce léger point éclairci il nous appartient d'informer un maximum de personnes sur la dangerosité inhérente à l'application de la loi qui a été votée et de rester très vigilant par rapport aux évènements qui se produisent en rapport avec cette loi.
Ensuite, Hadopi n'est (heureusement) pas le seul cheval de bataille du Parti et nous avons encore un certain nombre de lois qui portent atteinte à nos libertés à surveiller, et à essayer de contrecarrer autant que nous pourrons le faire.
Hadopi.fr a été sous le coup de DDOS, quelles peuvent-être les conséquences selon toi ?
Le risque est double : il y a un risque qu'une personne mal (ou pas du tout) informée sur la Hadopi reçoive un faux email et n'ai pas de moyen de vérifier la nature de celui-ci en comparant aux informations disponibles sur le site. Et il y a surtout le risque que cette attaque soit réutilisée contre nous, comme ont tendance à le faire certains politiques, pour qualifier internet de zone de non-droit... Il faut que ces gens comprennent qu'Internet est un endroit civilisé dans lequel un dialogue peut s'établir, si on lui en donne la chance.
Prévoyez-vous des alliances avec des organismes de type sos-hadopi ou comptez-vous offrir un service similaire ?
SOS-Hadopi a été créé par des gens que j'ai eu la chance de rencontrer et en qui j'ai confiance. Cependant nous n'envisageons pas, ni eux d'ailleurs, d'alliance. Proposer un service similaire serait coûteux et redondant.
Quels sont vos liens avec la Quadrature du net et l'Atild ?
Nous n'avons pas de liens avec la quadrature donc tout est certainement à faire de ce côté là, quant à l'Atild, c'est encore un très jeune mouvement, déjà en pleine restructuration que nous observons.
Quel type d'actions comptez-vous prendre au sujet de l'ACTA qui arrive à grand pas ?
L'ACTA est un chantier très important dont nous découvrons petit à petit tous les tenants... Il n'y a pas d'action concrète de prévue pour le moment, nous soutenons la Quadrature dans ses actions menées auprès du parlement Européen et espérons pouvoir mener aussi des actions de ce type lorsque nous aurons un peu plus de visibilité à la fois sur l'ACTA et sur les personnes que nous pouvons déléguer à ce travail.
Que penses-tu de l'évolution de la législation anti-piratage au niveau international ?
Nous pensons (moi aussi) que globalement la tendance est à pénaliser le partage à but non-lucratif alors même que l'on ne dispose d'aucune information permettant de décréter que celui-ci nuit à la culture et à son économie. Ce problème est d'autant plus grave que des infrastructures dangereuses et démesurées sont déployées un peu partout dans le monde pour défendre des intérêts privés au dépend des libertés de tous. C'est à l'économie de s'adapter aux usages et pas le contraire : le partage non-commercial est entré dans les moeurs parce que facilité par les supports numériques (et même avant cela avec l'arrivée des cassettes) le modèle basé sur la vente de supports physiques et de la création de rareté par le recours à un diffuseur unique est dépassé et doit laisser place à ce que les technologies modernes nous permettent d'espérer de meilleur pour la variété de la culture et la facilité d'accès à celle-ci.

Penses-tu que le crypto-anarchisme va s'imposer ?
Tous les éléments actuels tendent à prouver que les "pirates" ne sont pas prêts à renoncer à leurs usages et la démultiplication des offres de VPN chiffrés n'est pas pour rassurer quand on prend un minimum de recul et que l'on constate que des technologies auparavant réservées à une classe de personnes peu recommandables devient accessibles et utilisées par une part de plus en plus importante de la population. Les lois du type Hadopi vont avoir pour seul effet de provoquer une course à l'armement qui présente un risque pour la sécurité intérieure de la France, mais aussi des autres pays...
Penses-tu que la licence globale finira pas s'imposer ?
Hadopi sera, selon toutes vraisemblances, un échec. C'est déjà le cas si l'on considère cette loi du point de vues des artistes qui voient un budget annuel de 12 millions d'euros alloués à la création d'une machine à spam format XXL qui a pour seul but de faire peur... Sans qu'un seul centime ne leur profite finalement... La question devient donc de savoir ce qui arrivera après ? Une escalade dans la chasse aux sorcières (comme on a connu après l'échec de la DADVSI avec la création de l'Hadopi), ou une prise de conscience et une réelle volonté d'aider la culture ? La balle est dans le camp du législateur...
Quel avenir vois-tu pour les majors ?
La seule solution pour eux est de s'adapter aux nouveaux usages. A défaut de cela ils ne peuvent que disparaitre à terme, Hadopi ou pas Hadopi... Ils pourraient par exemple se concentrer sur la création de valeur ajoutée pour justifier de prendre encore une part sur la création là où leur rôle de diffuseur n'a, finalement, plus lieu d'être et peut être entièrement pris en charge par Internet.
Quelque chose à rajouter ?
Le plus important message que le Parti Pirate aura à faire passer est celui-ci : "Même si vous ne vous sentez pas concerné par des lois comme Hadopi, la LOPPSI, ... Prêtez attention à ce que ces lois mettent en place et à ce à quoi ces lois ouvrent la voie". Le combat du Parti, auquel on reproche souvent - à tort - de se cantonner aux questions numériques, a un impact énorme sur la vie de tous les jours de millions de français qui n'en ont pas forcément conscience. Pour beaucoup, des lois comme Hadopi ne nous concernent pas non plus, mais ce qu'elles amènent pourrait détruire Internet et avec lui des libertés, des emplois, ...
Merci à toi !
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